Ce que nous avons entendu : Déclaration et œuvre d'art de l'artiste Tiaré Lani
Résumés visuels des commentaires reçus dans le cadre du Processus consultatif auprès des Autochtones
Remarque : Cette déclaration de l'artiste, l'œuvre d'art et les explications qui l'accompagnent ont été élaborées par l'artiste Tiaré Lani. Elle a collaboré avec Services aux Autochtones Canada (SAC) afin d'illustrer les conclusions des rapports finaux du processus consultatif autochtone mené dans le cadre du processus de collaboration sur l'exclusion après la deuxième génération et les seuils de vote en vertu de l'article 10. Alors que le rapport « Ce que nous avons entendu » de SAC présente un résumé écrit des conclusions, l'œuvre d'art vise à résumer ces conclusions sous forme visuelle.
Les opinions et les points de vue exprimés dans ce document ne reflètent pas nécessairement ceux du gouvernement du Canada.
Sur cette page
À propos de l'artiste
Je m'appelle Tiaré Lani. Je suis femme bispirituelle. Mes ancêtres viennent de la Première Nation Lheidli Tenneh, d'Hawaï, de Tahiti, de Chine et d'Irlande. Je suis une artiste indépendante en tierce partie au service de la restitution des terres, de la vivacité et de la libération au cours de notre vivant et pour les générations futures.
Je suis une survivante du système colonial des tribunaux de la famille, de la violence patriarcale domestique, de la violence sexuelle et de la pauvreté systémique. J'ai appris à m'abandonner pour qu'on ait besoin de moi, à me surpasser, à répondre à mes besoins et à développer une appartenance. J'ai appris à extérioriser ces cycles, non pas comme des défauts en moi, mais comme des stratégies de survie. J'ai transformé la voix qui me disait « Qu'est-ce qui ne va pas avec moi? » en une voix qui me disait « Merci de me garder en vie assez longtemps pour me permettre de créer de nouvelles possibilités ». Avec le soutien (humain et spirituel), je m'entraîne à m'accueillir chez moi et je sais qu'en créant cette sécurité en moi, je peux aussi être un point d'ancrage pour les autres. Je remercie ma mère, mes ancêtres bispirituels et tous les liens qui m'ont aidée à grandir.
Je suis une tisseuse d'histoires visuelles. J'écoute vos voix, j'aborde la vérité et je crée des images de l'avenir que nous appelons par nos vœux. Je vous offre ces images comme un rituel, qui consiste à faire appel à nos intentions, à notre soutien spirituel et à notre énergie collective pour concrétiser une vision et travailler ensemble pour en faire une réalité.
Dans ce rituel, je vous invite à tisser de nombreuses significations dans les images. Si vous voyez un visage, une plante, un cours d'eau ou un symbole qui vous inspire, alors oui, ce rituel est pour vous. Lorsque nous créons des histoires ensemble, nous traçons de nouvelles voies pour aller de l'avant.
Je vous retransmets donc ce que j'ai entendu et pourquoi j'ai créé ces images. Et je vous invite à y tisser votre propre sens. À les retransmettre à votre peuple. Et à faire de ces images un outil. Comme mes ancêtres hawaïens qui regardaient les étoiles pour naviguer.
Contexte de la création des images
Ces images ont été créées en se fondant sur les commentaires formulés par les organisations autochtones dans le cadre du Processus consultatif autochtone visant à concevoir le processus de consultation destiné à supprimer la discrimination dans la Loi sur les Indiens en ce qui concerne l'obtention du statut et l'adhésion à une communauté. Les images reflètent les thèmes clés donnés par les membres du Processus consultatif autochtone.
La première image dépeint le contexte, la vérité et les répercussions des tactiques génocidaires, ainsi qu'un appel à la guérison et aux réparations.
La deuxième image reflète la décolonisation de la consultation : les thèmes clés de la façon dont la consultation doit être accessible, éducative, inclusive, financée de façon adéquate, avec suffisamment de temps, en tenant compte des traumatismes et en nourrissant les liens.
Image 1 : Reconnaître l'histoire coloniale et les torts causés
Équivalent textuel pour l'Image 1 : Reconnaître l'histoire coloniale et les torts causés. Cette image est fournie dans la langue utilisée par l'artiste. Une traduction du texte figurant dans l'image est fournie ci-dessous.
Supprimer la clause d'exclusion de la deuxième génération et la règle des deux parents
La Loi sur les Indiens entraîne :
- l'extinction légale des Indiens inscrits
- la perte des bandes, des terres de réserve, des programmes, des services et des avantages
Dites la vérité, Canada!
- Expulser les détenteurs de droits autochtones de leur statut et de leur appartenance est une tactique d'assimilation visant à nous effacer et à nous diviser
- Le Canada a présenté les détenteurs de droits déplacés comme une menace pour l'intégrité culturelle et la viabilité financière de nos nations
- Le Canada nous vole et nous monte les uns contre les autres, incitant à la violence latérale
Des générations de préjudices
- Déconnexion de la terre, de la famille, de la communauté, de la culture, de la langue
- Gouvernement, éducation, soins médicaux et identités patriarcaux
Il en résulte :
- Pauvreté, violence, incarcération
- Mauvais résultats en matière de santé
- Coûts mentaux, émotionnels et spirituels incommensurables
Les droits des femmes et des personnes bispirituelles sont complémentaires et ne s'excluent pas mutuellement
Inclure les femmes, les personnes bispirituelles et leurs descendants injustement déplacés
- réparations pour les violences sexistes, une indemnisation a été accordée pour d'autres préjudices
- investir dans le rétablissement des rôles et responsabilités traditionnels des femmes et des personnes bispirituelles
- guérir le patriarcat dans les communautés
- la guérison et l'équilibre sont essentiels à la construction d'une nation
Respecter la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones et le plan d'action pour les FFADA2E+
Mettre fin à la discrimination
Commencer à guérir les relations
- Soutenir le retour des nouveaux membres et des membres injustement déplacés
- Connexion à l'identité, à la communauté et à l'histoire
- Financement
- Droit
- Soutien aux capacités
- Infrastructure
- Programmes
- Services
- Transferts de terres
Mettre en œuvre :
- Approches précoloniales et décolonisatrices
- Gardiens des connaissances traditionnelles
- Systèmes de gouvernance uniques à la communauté
Notre image, lue de gauche à droite, raconte l'histoire de la vérité du génocide, de l'équilibre qu'il faut rétablir et des mouvements que nous faisons vers la guérison.
Sur la gauche, on voit la silhouette d'une femme autochtone avec une main rouge peinte sur sa bouche pour honorer les FFADA2E+ et les femmes et les personnes bispirituelles et leurs descendants qui ont été injustement expulsés de leurs communautés. La bouche de la femme est ouverte, pour appeler le Canada à reconnaître la vérité des préjudices infligés à nos familles pendant des générations.
La tresse coupée raconte l'histoire des survivants des pensionnats qui ont vu leurs cheveux traditionnels coupés et souligne les nombreuses façons dont la colonisation a tenté de rompre nos liens familiaux. L'imposition coloniale du genre qui nous a forcés à nous diviser en 2 catégories, hommes et femmes, pour créer des systèmes de domination dans nos familles, alors qu'auparavant nous avions divers rôles et responsabilités les uns envers les autres, fondés sur l'équilibre, l'harmonie et le bien-être collectif.
Ces histoires et images douloureuses sont retenues par l'eau. Les modes d'existence autochtones reconnaissent que tout est vivant et que l'esprit de l'eau peut être guérisseur lorsque nous lui demandons de l'aide, lorsque nous lui demandons de porter des chagrins plus gros que ce que nos corps humains peuvent supporter. Nos larmes peuvent nous relier à des masses d'eau plus importantes qui nous aident à aller de l'avant. Nous pouvons remercier l'eau. Lui chanter des chansons. Pour nous aider à nous transformer.
L'eau s'écoule dans la jupe à rubans d'une femme ou d'une personne bispirituelle au centre de la page, tout comme nous appelons à centrer les voix de ceux qui sont exploités par la violence sexiste. La jupe à rubans est un emblème que j'ai vu ma jeune sœur fabriquer et faire l'expérience de l'espoir et de la joie entre les épisodes du trouble de stress post-traumatique complexe et la maladie chronique. Lorsque l'on grandit séparé de réseaux de parenté plus larges et d'une communauté avec laquelle participer à des cérémonies, le fait d'être invité à créer quelque chose avec fierté a une signification incroyable. Fabriquer des emblèmes est une pratique de passage à l'âge adulte qui ne consiste pas à performer, mais à trouver ses dons pour en faire profiter la communauté de la manière qui vous convient le mieux. Il s'agit d'être courageusement soi-même et de croire que ceux qui apporteront la guérison à l'autre se trouveront l'un l'autre.
Cette figure devient un aigle sur fond de ciel nocturne. Les aigles s'élèvent très haut et voient une image plus large et un avenir à long terme. L'aigle est compatissant face aux peurs que la pénurie a infligées à nos communautés. La crainte que l'accueil de nouveaux membres ne mette à rude épreuve des ressources déjà insuffisantes. L'aigle fait appel à la sagesse de nos ancêtres, des milliers d'années avant le colonialisme, pour se connecter les uns aux autres dans la solidarité et revendiquer notre dignité et nos droits de naissance. L'aigle se souvient que les mouvements de vérité et de réconciliation, de restitution des terres, sont nés de survivants qui se sont opposés à l'effacement et ont assumé leur rôle légitime de leaders et d'enseignants pour apporter l'harmonie et la guérison à un monde malade.
À l'extrême droite, un Aîné tresse les cheveux d'un jeune. Les bras de la jeune personne s'élèvent vers un arbre et deviennent l'arbre entrelacé avec les bras d'autres branches d'arbre. Ces nombreux bras sont des proches qui se souviennent les uns des autres. Les arbres peuvent nous apprendre à distribuer les ressources et à nous élever les uns les autres. Les branches distribuent la nourriture pour que les feuilles et les fruits poussent sur l'ensemble de l'arbre. Sous le sol, des réseaux de mycélium et de racines envoient des nutriments aux arbres affamés.
J'ai choisi des tons de bleu et de rose parce qu'ils me rendent heureuse et qu'ils sont un clin d'œil au drapeau trans. Bien que nous ne puissions pas présumer du genre d'une personne en fonction de son apparence, j'essaie de dessiner des personnages qui remettent en question les présentations de genre conventionnelles et j'espère que ceux qui s'identifient au spectre 2ELGBTQ+ pourront voir quelque chose d'eux-mêmes ou de leur communauté dans les portraits.
Réflexion
Nous demandons au gouvernement du Canada de prendre des engagements réalistes, pendant que nous donnons vie à une vision de l'autodétermination autochtone. Quelle est la vision à laquelle vous donnez vie?
Regardez à travers votre vision d'aigle l'avenir que nous voulons.
Imaginez que nous sommes en train de guérir. La vérité de la discrimination injustifiée a été honorée et les efforts de réparation sont en cours et meilleurs que ce que nous aurions pu imaginer. À quoi cela ressemble-t-il dans votre famille ou chez vos proches? Quelles sont les dissensions entre les membres d'une même famille qui sont en train de se résorber? Quel festin est organisé et où, avec qui? Cela peut être douloureux, plein d'espoir, accablant, excitant, susciter le chagrin, susciter l'envie. Tous les sentiments sont les bienvenus ici. Tout cela fait partie du voyage.
Quels sont les mythes de pénurie, les peurs de ne pas avoir assez, qui nous empêchent de nous connecter?
Comment vos dons pourraient-ils s'épanouir quand vous êtes unis par l'amour et la fraternité? Quelles conditions rendraient cela possible?
Image 2 : Aller de l'avant grâce à la consultation – une approche décolonisée
Équivalent textuel pour l'Image 2 : Image 2 Aller de l'avant grâce à la consultation – une approche décolonisée. Cette image est fournie dans la langue utilisée par l'artiste. Une traduction du texte figurant dans l'image est fournie ci-dessous.
Occasion de créer des liens pour commencer à guérir
- apprendre, partager des histoires, savourer des plats,
- accéder à des activités culturelles
- offrir des cadeaux
- qu'est-ce que chaque groupe aimera et appréciera?
- soutien à l'identité et au sentiment d'appartenance
Accessibilité
- largement partagé
- invitations personnalisées
- résultats transparents
- disponible en plusieurs formats
- différents formats de commentaires bienvenus
- langage simple et franc, adapté à la culture
- éducation
- libre, préalable et éclairé
Décoloniser la consultation
Temps suffisant :
- délais raisonnables et flexibles pour permettre aux participants de se préparer et de s'engager
- éviter les retards dans la mise en œuvre des solutions
Financement équitable des ressources :
- rémunérer les organisations autochtones, les Aînés et les gardiens du savoir
- rémunérer les participants pour leur temps, leur nourriture et leurs boissons, leurs déplacements, leur temps et leur sagesse
- transparent, clair, détaillé, précoce
Soutenir les personnes traumatisées et rétablir l'équilibre
- respecter les principes de changement énoncés dans le rapport final du FFADA2E+
- décoloniser les normes patriarcales
- soutien aux Aînés, à la santé culturelle et mentale
- investir dans les rôles des femmes et des personnes bispirituelles et les restaurer
Inclusivité
- amplifier la voix des personnes les plus touchées
- femmes, personnes 2ELGBTQIA+, jeunes, Aînés
- membres hors réserve
- personnes handicapées
- personnes sans lien avec une communauté
- lutter contre le langage qui perpétue la violence structurelle (demander et utiliser les pronoms appropriés)
Cette image s'articule autour d'une roue médicinale. La roue médicinale enseigne à adopter une approche holistique du bien-être mental, physique, émotionnel et spirituel des communautés.
En haut, au centre, une Aînée est entourée de ses proches lors d'un festin de saumon. Comment créer une expérience amicale, chaleureuse et nourrissante pour les participants? Outre le processus menant à des changements juridiques et à des ressources supplémentaires, l'un des cadeaux les plus immédiats que nous puissions offrir aux participants est une connexion. L'image d'un loup et de jeunes chantant autour d'un feu de camp nous invite à imaginer ce que chaque groupe pourrait aimer et apprécier – et à leur permettre d'en prendre l'initiative.
Dans la section « Accessibilité » :
Une Aînée tient un téléphone tout en s'occupant d'un petit-enfant et de son chat. Il faut prendre en considération les besoins technologiques des personnes âgées. Une personne est confortablement installée dans son pyjama et parle virtuellement à un parent qui allaite un bébé.
Tout en bas, des mains tiennent les sections « Temps suffisant » et « Financement équitable des ressources » : ce sont les fondements qui permettent à toutes les autres parties de se réaliser!
Dans la section « Inclusivité » :
Des jeunes dans une voiture et des proches flottant dans l'espace reflètent des portraits de corps divers qui peuvent vivre en milieu rural ou sans liens avec leur communauté.
Dans le coin supérieur droit :
La section « Soutenir les personnes traumatisées » comprend des images de médicaments traditionnels :
- une coquille d'ormeau pour la purification : faire appel au soutien des ancêtres, évacuer l'énergie qui ne nous aide pas à aller de l'avant et nous aider à nous sentir enracinés
- un sac de médecine. Il s'agit d'un exemple de cadeau que les participants peuvent fabriquer et emporter chez eux. Ou un moyen d'accéder à un artisanat traditionnel.
Sur cette image, des portraits de personnes vivant leur vie quotidienne. Je voulais que l'œuvre soit accueillante, qu'elle donne l'impression d'être comme on est, décontractés, comme dans la vie quotidienne. J'ai réfléchi à la question suivante : comment joindre les membres de notre famille qui n'ont pas de liens avec la communauté? Je sais que dans ma propre famille, la reconnexion s'est accompagnée de beaucoup de peur et du syndrome de l'imposteur. Ne pas se sentir « vrai ». Pour les membres de la famille qui reprennent contact, il n'y a pas de bonne ou mauvaise façon d'être Autochtone – votre dignité et vos droits sont inhérents. Vous avez déjà votre place. Votre voix compte.
Réflexion
Souvenez-vous d'une réunion à laquelle vous étiez reconnaissant d'avoir participé. Vous avez peut-être eu l'impression que oui, le changement est en train de se produire ou qu'il est possible de le faire. Vous avez peut-être eu l'impression de pouvoir respirer et d'apporter plus de vous-même. Peut-être que la nourriture était excellente et que l'espace était accueillant. Peut-être que la conversation a été animée d'une façon qui vous a donné un sentiment d'appartenance. Qu'est-ce qui vous a fait plaisir? Ou qu'est-ce qui aurait pu améliorer la situation?